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Preek over Hebreeën 11: 6 (Waalse Kerk, Rotterdam, 4 december 1864)

24 minuten leestijd

uitgegeven door J. Trapman

Deze uitgave biedt de mogelijkheid kennis te maken met Allard Pierson als Waals predikant - een predikant echter die in feite al besloten had zijn ambt neer te leggen. De hieronder afgedrukte preek van 4 december 1864 verraadt de spanning tussen Piersons twijfel en zijn religieus besef. In de woorden van de schrijver van de Hebreeënbrief zocht hij de zekerheid die hem grotendeels ontvallen was. Zie voor de historische context 'Allard Pierson en zijn afscheid van de kerk', hierboven pagina's 15-27.

De preek van 4 december 1864 maakt deel uit van een collectie van vijf preken in handschrift, los bijeengevoegd in een band met opdruk 'Een vyftal Leerredenen van Allard Pierson', door schrijver dezes verworven in 1994. Vier preken zijn in het Frans gesteld (elk 16 pagina's), een in het Nederlands (21 pagina's); drie preken zijn gedateerd. Het betreft preken over

a. Luc. 18:18-27, 'L'homme riche' R[otterdam], 26 juni 1864

b. I Petr. 2:17b, 'Craignez Dieu' 13 november 1864

c. Hebr. 11:6, 'Dieu est le Rémunérateur de ceux qui le cherchent' R[otterda]m, 4 december 1864

d. Luc. 9:23-25 ongedateerd e. Nederlandse preek over Matth. 7:13-14 ongedateerd

Het schutblad bevat de volgende aantekening: 'Deze vijf preken zijn door Ds. A. Pierson, na ze uitgesproken te hebben, gebracht aan mej. Henriëtte Kolff [later toegevoegd: overleden 1927] te Rotterdam die in die dagen einde 1864 bedlegerig was'.

Henriëtte Jeannette Christine Kolff, geboren te Rotterdam op 8 juli 1835 was oprichtster en vicepresidente van Kolff's Blindenfonds. Zij overleed te Den Haag op 1 mei 1927. Haar zuster Hermine Agnes Kolff was gehuwd met Allards broer Hendrik Pierson, zie Nederland's Patriciaat 51 (1965), 103.

Wijze van uitgave

Piersons gebruik van hoofdletters en alinea's is gehandhaafd, evenals zijn spelling (bijv. 'tems', 'longtems'). Accent aigu, grave of circonflexe zijn waar nodig stilzwijgend toegevoegd, evenals enkele komma's en vraagtekens. De afkortingen 'm.f'., 'J.C'., 'D'. en 'c.a.d.' zijn stilzwijgend opgelost (resp. mes frères, Jésus-Christ, Dieu en c'est-a-dire). Andere wijzigingen zijn in de noten of tussen vierkante haken verantwoord. De paginering van het handschrift staat tussen de tekens '/' en '/'.

Prof. André Godin (Parijs) was zo vriendelijk de tekst te lezen; van zijn correcties en suggesties heb ik dankbaar gebruik gemaakt.

Sermon de Allard Pierson

Hebr. 11:6 in fine, 'Dieu est le Rémunérateur de ceux qui le cherchent', (4.12.1864)

Mes Frères. Ce qui fait peut-être la beauté de ce texte c'est sa hardiesse. Les écrivains bibliques parient a 1'ordinaire avec une parfaite certitude des choses sur lesquelles les hommes en général ont plutöt 1'habitude de s'exprimer avec hésita-

tion. Surtout dans notre siècle qui est si peu un siècle de conviction et de foi, il fait du bien d'entendre ces premiers témoins de Jésus-Christ fortement sous 1'impression de eet Evangile qu'ils commen9aient seulement a connaïtre nous parler avec une assurance qui n'a rien de factice, qui reste étrangère a toute exaltation maladive. Et particulièrement quand on envisage la Bible comme un livre humain, c'est-a-dire comme un livre composé par des hommes et j'avoue que je comprends toujours moins comment on 1'envisagerait autrement - je dis particulièrement en envisageant la Bible ainsi il y a dans ses sublimes affirmations je ne sais quoi de bienfaisant, quelque chose qui réchauffe 1'ame, qui donne un point d'appui a notre intelligence si souvent ballottée par tous les vents.

On s'est beaucoup disputé sur la question de 1'autorité de la Bible. C'est une question bien simple pourtant. Tout ce qui est au-dessus de nous-mêmes, tout ce qui nous donne une idéé de grandeur, exerce nécessairement 121 une certaine autorité sur nous. Or c'est la grandeur de la Bible qui nous frappe toujours plus. La Bible n'est pas un livre de controverse, de discussions théologiques. On dirait quelquefois qu'elle dédaigne les arguments, les raisonnements, les preuves. Elle affirme, elle établit et c'est la sa grandeur. Ses écrivains posent la religion comme un fait, fait grandiose, primordial, évident par lui-même. Les personnes qui ont visité les pays des montagnes en rapportent une doublé impression, celle de la majesté de la nature qu'ils ont pu contempler, puis celle de leur propre petitesse. L'orgueil humain s'évanouit devant ces gigantesques grandeurs. Un sentiment analogue nous pénètre en étudiant la Bible.

En effet admirons d'abord ce que je viens d'appeler la hardiesse de mon texte: Dieu est le Rémunérateur de ceux qui le cherchent. Dieu pour 1'auteur de 1'Epitre aux Hébreux n'est pas un vain nom, une simple image poétique. C'est une personne vivant 1 en haut en rapport avec 1'homme et permettant a 1'homme d'entrer en rapport avec Lui. La religion a ses yeux n'est pas une chimère, une espèce de sentimentalité vague, sans but pratique. Enfin, au point de vue de eet auteur Dieu n'est pas non plus un être mystérieux ou abstrait, a grande distance de sa créature. L'écrivain n'est pas déiste en un mot. Son Dieu est un Etre que 1'homme peut 131 rechercher, que 1'homme peut trouver, puisque c'est un Etre qui récompense ceux qui le cherchent.

Mes Frères. Disons-le, que notre religion est souvent pauvre et froide a cöté de cette conviction profonde qui se fait jour dans notre texte. Toutefois au lieu de nous en plaindre, ce qui ne nous profïterait guère, nous voulons méditer cette parole si bienfaisante, si encourageante pour nous tous, nous voulons utiliser les instants qui nous sont accordés afin d'en saisir un peu mieux le vrai sens et Dieu fasse qu'en nous retirant de cette enceinte nous puissions être affermis dans la conviction de 1'apötre et nous dire avec une joyeuse assurance que si bien des choses sont vanité et un tourment de 1'esprit, notre religion ne 1'est pas puisque Dieu est bien certainement un Rémunérateur de ceux qui le cherchent.

Je vous fais observer d'abord combien nous avons besoin de cette parole fortifiante. Y auraitil quelqu'un parmi nous qui n'eut a se plaindre de son manque de religiosité, et qui en silence ne s'en plaignit trés souvent? La religion comprise dans son vrai caractère est une de ces choses dont on n'a jamais assez. Si dans un moment d'oubli on peut s'imaginer quelquefois d'être assez vertueux et tomber dans la faute du Pharisien rendant graces a Dieu de ce qu'il ne füt pas comme les autres hommes, il est difficile de se contenter soi-même par rapport a la religion. Celui qui en a une fois goüté, désire en goüter davantage. II est de la religion, de la communion avec Dieu comme de 1' amour. Plus on aime, plus on éprouve le besoin d' aimer, plus on se reproche

la froideur, j'ai presque dit /4/ 1'égoïsme de son amour. C'est que la religion est un sentiment et que tous nos sentiments ont besoin de 1' Infini, ne vivent que de 1'Infini; c'est que la religion est un besoin de 1'ame et que tous les vrais besoins de notre ame participent a 1'Immensité de Dieu a 1'image duquel notre ame a été créée.

On prétend que notre siècle n'est pas religieux. Laissons la ces accusations générales dont il sera toujours trés difficile de préciser le sens et de mesurer la portée. Ce qu' il y a de certain c' est que notre siècle sent fortement le besoin d'être religieux. Or ne serait-ce pas déja être religieux que d'en avoir faim et soif? Et ici, mes frères, j'ose vous prendre tous a témoins. Qui d'entre vous est indifférent a la piété réelle et sincère? Qui d'entre nous, si on lui indiquait un moyen d'augmenter sa piété, ne 1'accepterait pas avec une joie infinie, n'y ouvrirait pas son coeur et bien largement.

Avouons-le: ce qui nous tourmente, ce qui fait quelquefois le grand chagrin de notre vie c'est que nous trouvons trop souvent notre piété si froide, si languissante, si fade, si formaliste. Et en cela malheureusement nous ne nous trompons pas. Dieu est le grand trésor de l'homme et ne pas le connaïtre ou le connaïtre peu c'est être privé d'une ressource a nulle autre pareille de joie et de courage. Impossible, oh vous le savez, de dire trop de bien de la communion avec eet Etre sublime qui est la Bonté même, qui se tient prés de tout coeur qui s'approche de lui. Parler de Dieu c'est parler d'un amour sans bornes, 151 d'une miséricorde, d'une tendresse a toute épreuve, d'un Père qui nous soutient, qui nous guide, qui use de patience envers nos faiblesses, qui nous attire doucement vers Lui. Assurément il y a raison de nous plaindre si nous ne vivons que rarement et exceptionnellement en communion avec un tel Dieu!

Mécontents de nous-mêmes par rapport a la religion nous éprouvons encore a ce même égard un autre sentiment non moins fort et qui par sa force même pourrait quelquefois devenir dangereux. Je veux parler du désappointement que nous laissent bien souvent les efforts que nous tentons pour nourrir ou pour raviver notre piété. II nous semble quelquefois que tous nos exercices religieux soient frappés de stérilité. On est a se demander a quoi il nous sert de fréquenter le culte public, d'écouter les exhortations qu'on nous adresse, de prendre part a la Sainte Cène. On est tenté quelquefois de douter même de 1'efficace de la prière. Qui est celui d'entre nous qui en prenant toutes ces choses au sérieux ne sente son ame de tems a autre remplie d'une amère tristesse? Nous sommes fatigués de renouveler toujours les mêmes efforts qui aboutissent a si peu de choses. Nous revenons de 1' Eglise a peu prés comme nous y étions entrés, nous lisons regulièrement la Bible sans sentir que nous en deviendrons 2 meilleurs, c'est a peine si nous osons nous approcher une fois de plus du Saint Sacrement, tant les impressions que nous ont laissé[es] des communions antérieurement nous paraissent insignifiantes, et passagères. Ces mécomptes 16/ sont assurément de nature a nous faire perdre courage, nous portent a douter presque de la vérité du texte et a nous demander dans 1'angoisse de notre ame: Dieu serait-il bien réellement le Rémunérateur de ceux qui le cherchent?

A cette doublé expérience il vient s'ajouter encore une autre qui est peut-être la plus grave, la plus solennelle de toutes. Je vais toucher ici a un sujet délicat et dont en général il ne faudrait s'occuper dans la chaire chrétienne qu'avec une grande réserve. Ce besoin d'être plus religieux que nous ne le sommes, cette amertume de voir nos efforts pour augmenter notre piété couronnés de si peu de succès, n'empêchent cependant pas que notre coeur et surtout notre intelligence ne soient souvent aussi assaillis de doute quant & la réalité de la vie religieuse et même disons-le quant a 1'existence de notre Dieu!

C'est un sujet délicat, je le répète, mais réunis

comme nous le sommes en ce moment comme sous le regard de Dieu et certainement dans sa présence, pourquoi refuserions-nous de nous en occuper. Le doute ne disparaitra point a force de le nier, de 1'ignorer ou d'en diminuer la portée. Or le doute religieux est d'une doublé nature. Chez quelques personnes il est purement intellectuel, chez d'autres il naït des amertumes, des difficultés que présente la vie pratique. Pour certaines ames, je le sais, le doute est chose parfaitement incompréhensible. Elles sont faites pour croire. Ne pas croire leur paraitrait un suicide moral, auquel il leur serait naturellement impossible de consentir jamais. III Ce n'est pas a ces ames heureuses, paisibles, tout empreintes de foi que je m' adresse en ce moment, c'est bien plutót aux coeurs déchirés par ce qu'on pourrait appeler en quelque sorte 1'inquiétude religieuse. Hélas! La vie est quelquefois si compliquée, nos destinées nous paraissent quelquefois si singulières, il peut y avoir des douleurs si navrantes, des pertes si accablantes, des larmes si amères que, avant qu'on n'y songe, le doute commence a poindre, prend des proportions effrayantes, se dresse devant nous comme un spectre hideux en nous lanceant cette terrible question: oü est maintenant votre Dieu!

Je n'ai pas de paroles de condamnation pour ceux que le malheur a fait perdre la foi. Je ne les renvoye pas a un Juge terrible mais je les renvoye au Médecin compatissant des ames ces existences brisées par la douleur, déroutées par de rudes épreuves. Je confois sans 1'approuver que le coeur froissé dans ses sentiments les plus tendres ait de la peine a s'élever a un Dieu de miséricorde, je con§ois que quand ce vide se fait autour de nous, le vide et la nuit, la lumière éternelle se dérobe par un instant a nos faibles yeux, je con§ois enfin que pleurant sur une chère tombe 1'on finisse par ne plus voir que mort et néant et que la voix s'étouffe dans 1'ame, la voix sublime qui parle de vie et de Résurrection. Pour nous autres qui connaissons Dieu paree que nous avons étébénis par Lui, paree qu' il verse surnous a pleine main 1'abondance de sa bonté, il est un devoir sacré de respecter les incertitudes, les hésitations /8/ de ceux pour qui Dieu dans son insondable sagesse se voile dans les ténèbres. Toutefois, mes frères, mécontents de notre piété, désappointés dans nos efforts pour devenir plus religieux ou même tourmentés par le doute laissons 1'auteur de 1'Epïtre aux Hébreux nous dire sa grande et belle parole: Dieu est le Rémunérateur de ceux qui le cherchent. II faut que cette vérité devienne pour nous tous la planche de salut a laquelle nous nous cramponnons et que nous ne lachons plus. En traversant la vie tachons de rimprimer dans notre mémoire et surtout dans nos coeurs.

Et admettons un instant que notre texte nous ber9at d'un chimérique espoir trés loin de nous révéler une vérité bénie, voyez ce qui s'en suivrait aussitót. II faudrait en conclure qu' un de nos instincts les plus réels nous trompat, que ce qui nous parait être la plus grande réalité ne fut en définitive qu'une sublime illusion. Je vous laisse a décider si après cela nous pourrions encore avoir la moindre certitude a 1'égard de n'importe quoi!

Je m'explique: le besoin de checher Dieu, en un mot les besoins religieux de 1'homme sont des besoins impérieux. La religion n'est pas un caprice de quelques têtes exaltées. Je maintiens que 1'homme ne peut vivre dans le vrai sens du mot sans se sentir obligé a chercher son Dieu. On peut s'étourdir, on peut refuser de jamais se rendre compte de sa vie intime, oui malheureusement on le peut, mais qu'est-ce que cela prouve? Je me trompe, cela confirme ma these. S'il faut s'étourdir - et il y a plusieurs manières de le faire - pour oublier Dieu, il est évident que 1'homme 19/ dans 1'état normal est involontairement poussé a être inquiet - comme un Père de 1'Eglise Fa si bien dit, a être inquiet jusqu'a ce qu'il se repose en Dieu! 3

Voyez en effet comment la vie, de quel cóté

qu'on voudrait 1'envisager, nous ramène toujours a Dieu. Je suis plutöt embarrassé pour savoir par oü commencer, tant elles sont nombreuses [les traces? ] que 4 1'existence de Dieu a laissées dans nos ames.

Et d'abord y a-t-il un sentiment plus général, un plus vif pour quiconque avance dans la vie que celui du profond néant des choses humaines? Pourrons-nous nous défaire a la longue de cette mélancolie insurmontable qui, il y a au moins vingt siècles dicta déja cette parole: Vanité des vanités, tout est vanité. Sans doute les choses humaines nous paraissent en possession d'une certaine importance tant qu'elles renferment encorequelquechosed'inconnu pournous.Mais quand une fois nous en avons fait le tour, quand il nous a été donné de boire dans la coupe des joies terrestres, quand nous avons vu le fond de ce qui flatte 1'ambition humaine, quand notre orgueil pour un temps a pu se rassasier, combien tout nous semble petit, puéril. L' avenir seul a des charmes. L'homme est ainsi fait que le moment actuel n' en a presque jamais pour lui. Et le passé, n'en parions pas, ce qui un jour a ému notre ame, ce qui nous a fait tressaillir de joie ou trembler de crainte, dès que cela se trouve une fois /10 / derrière nous et a une distance suffisante, bien souvent il ne nous laisse plus qu'un sourire d'étonnement ou de pitié.

Dites que cette parole: Vanité des vanités, tout est vanité renferme une exagération évidente, dites qu'il y a des coeurs qui savent conserver merveilleusement leur jeunesse et leur fraïcheur, dites enfin qu'il y a de 1'ingratitude amépriser les joies désormais éteintes il est vrai mais qui une fois ont fait palpiter notre coeur, je le veux bien. Pourtant, légitime ou déplacé, ce sentiment du néant des choses humaines subsi ste comme malgré nous et si la vieillesse d'habitude nous rend plus patients, plus indulgents, plus humbles, plus facilement satisfaits, n'est-ce pas qu'elle nous fait voir les choses terrestres sous un tout autre jour, et entièrement dépourvues de 1'éclat dont notre jeunesse se plaisait a les entourer?

Or ce sentiment, mes frères, ne serait-il pas un indice pour nous, ou plutöt, ne s'explique-t-il pas uniquement aussitöt que nous admettons qu'il existe pour nous quelque chose de réel, et surtout, d'éternel? Veuillez bien remarquerceci: le néant des choses nous frappe et pourquoi donc? Mortels nous aspirons a la vie, passagers nous prétendons a quelque chose de permanent, trompés a chaque instant par des illusions nous avons 1'audace de croire que quelque puissance secrète tient pourtant en réserve pour nous quelque chose de vrai, et de durable.

Je vous le demande, mes frères, ce besoin de croire que nous ne sommes pas destinés a être les victimes de nos illusions, serait-ce encore la plus grande illusion de toutes, cette opiniatreté que nous mettons a croire que nous n' avons point été créés pour un monde vain et creux, serait-il la plus /11/ absurde de nos vanités? Est-ce folie que de se refuser a la folie?

Vous le sentez bien, il n'y a qu'une issue a ces questions. Ce que nous avons appelés prétention et audace n'est qu'une affirmation parfaitement légitime de la meilleure partie de notre être. L'oiseau découvre sa nourriture, 1'enfant trouve le sein de sa mère, et 1'ame humaine ne cherche pas en vain son Dieu!

Je pourrais facilement multiplier les arguments de ce genre, mais il nous faut penser a une autre partie de cette méditation oü nous aurons a nous rappeler dans quel sens et de quelle manière Dieu est le Rémunérateur de ceux qui le cherchent.

II. C' est aborder un sujet bien vaste et pour lequel la matière doit nous être fournie exclusivement par 1'expérience Chrétienne. Mais a qui d'entre vous cette expérience serait-elle absolument étrangère? Parmi les nombreuses récompenses que la religion offre a tous ceux qui cherchent Dieu je vous cite en premier lieu, la paix de 1'ame.

Elle est si rare, mes frères. Sous des apparences souvent contraires, il y a tant d'inquiétude dans le coeur des hommes, ce qui me le prouve c'est eet immense besoin de distraction, de dissipation même qui travaille la société moderne, du moins si tant est que ce besoin n'est pas de tous les pays et de tous les siècles. Combien en général les hommes craignent-ils de se voir ou se connaitre tels qu'ils sont en réalité. Qu'on vit peu dans 1'intimité de son propre coeur. Qu'on s'attache facilement a toute espèce de choses frivoles, insignifiantes, pourvu qu'elles nous permettent / 12/ de nous oublier nous-mêmes, d'oublier ce ver rongeur qui est au-dedans de nous, et qui semble ne jamais devoir mourir. II y a souvent une crainte mystérieuse qui nous persécute, il y a des appréhensions de 1'avenir qui gatent jusqu'au bonheur du moment actuel. On est heureux et on n'en jouit pas. On passé ses journées 1'une après 1'autre mais on vit si peu dans le vrai sens du mot.

II n'en serait plus tout a fait ainsi si la vraie piété pénétrait davantage notre coeur. Croire fermement en Dieu, marcher avec Lui, épancher sur le sein de notre Père céleste toutes nos craintes, toutes nos 5 amertumes, cela donne du repos a 1'ame. Considérez 1'exemple de Jésus. Quel calme, quelle sérénité, quelle parfaite possession de soi-même. La légende évangélique raconte que Jésus a marché sur la mer. Magnifïque symbole de ce que dans un tout autre sens il a fait durant toute sa vie. II aurait calmé la tempête qui d'abord ne pouvait pas même troubler son sommeil. Nouvel et touchant symbole de ce qu'il a réussi a faire durant toute sa carrière terrestre. Jamais vous ne voyez en Lui la moindre tracé d'agitation. II va au-devant de ses ennemis. II interroge doucement le disciple qui va le trahir. II refuse laboisson soporifique qu'on lui offre sur la croix. Mourant il remet son ame entre les mains de son Père. Mes frères, combien Dieu se montrera-t-il pour vous le Rémunérateur de ceux qui le cherchent si en le cherchant vous parvenez a calmer les tempêtes qui troublent votre ame. Car la paix de 1'ame est le secret de la vraie force /13/ comme elle 1'est aussi celui du vrai bonheur!

Ce n'est pas trop dire, car parmi les récompenses qui sont les fruits d'une piété réelle je puis vous citer encore ceci. Vivre avec Dieu empêche notre ame d'être envahie, comme sans cela elle 1'est bien souvent, par un sentiment de solitude ou plutot d'isolement. Rien de plus triste que la crainte de se trouver seul dans le monde, je dirai moralement isolé. Pourtant, si tout ne me trompe, cette crainte est plus générale qu'on ne le pense. Quelquefois les circonstances extérieures y contribuent, quelquefois aussi cette crainte peut naïtre dans 1'ame sans motif évident. Tout homme éprouve le besoin de se savoir et de se sentir aimé. Et ce besoin est si fort qu'il est difficilement satisfait. On ne se persuade pas facilement qu'on est réellement aimé. Ce qui 1'atteste c'est que nous sommes si particulièrement sensibles a toute preuve d'amitié, de bienveillance qui nous arrivé. Chez certaines personnes le doute a eet égard est constant et prépondérant. Elles se croient plutöt 1'objet de 1'indifférence générale. Et qui dira ce que 1'incertitude sur ce point peut causer de souffrances et d'amertume!

Voyez combien en général on est susceptible, soupgonneux, combien peu on croit a 1'amitié, a la générosité. Souvent, en présence de preuves irrécusables de 1'une et de 1'autre on préfère encore de croire a une amère pensée qui se servirait des apparences de la générosité pour mieux atteindre son but.

Toutefois n'exagérons pas, et malheureusement on n'a pas besoin de le faire pour constater ce sentiment d'isolement dont je vous parle. Eh bien, mes frères, avec une piété vivante, /14/ ce sentiment est tout simplement impossible. J'en appelle encore une fois au sublime exemple de Jésus. C'est de Lui que nous avons cette belle parole: Je ne suis jamais seul. Le Père est tou-

jours avec moi. Et ce que son langage affirme, sa vie entière 1'atteste également. Je ne vous fais assurément pas remarquer pour la première fois que Jésus dans tous les moments solennels de sa vie, a toute grande impression qui s'emparait de son ame aima a se retirer dans la solitude et a prier. L'exemple le plus frappant nous en est donné peut-être dans le passage qui nous peint Jésus au moment après qu'on lui eüt rapporté la mort violente de son Précurseur.

Jean-Baptiste avait été massacré dans la prison par ordre d'Hérode. Et on vient annoncer a Jésus sa fin tragique. Aussitöt - lisons-nous - Jésus, quitte ses disciples et se livre a la prière dans un endroit isolé. Cette particularité m'a toujours frappé comme la preuve que dans les grandes crises de sa carrière et dès qu'il se sent[a]it sous le coup d'une forte impression Jésus avait, si je puis m'exprimer ainsi, Dieu pour grande ressource. Et vous savez combien de fois la même particularité s'est reproduite dans sa vie.

Or ne nous imaginons pas que c'est la un privilège qui doive lui appartenir exclusivement. Jamais Jésus n'a-t-il prétendu a une vie religieuse qui ne püt devenir le partage de tous ses disciples. Ce besoin inné dans nos coeurs d'être aimés et de nous sentir aimés, c'est encore Dieu qui le comble. Ne cherchez pas trop auprès des hommes ce que Dieu peut vous accorder abondamment. Pauvre et chétive créature oü /15/ 6 serait donc ta place si ce n'est auprès de ton créateur. Enfant de Dieu oü faire reposer ta tête fatiguée, et épancher ton coeur si ce n'est sur 7 le sein de ton Père céleste, oü prendre ton refuge si ce n'est dans ses bras.

Jésus se sert quelque part d'une expression fort caractéristique, c'est quand il parle d'un homme qui n'est pas riche en Dieu! Combien ce mot est juste et qu'il conviendrait malheureusement a plusieurs d'entre ceux qui se plaignent beaucoup des hommes, de leur froideur, de leur ingratitude, mais qui semblent oublier complètement les consolations, les encouragements que Dieu réserve a tous ceux qui le cherchent.

Citons enfin une dernière récompense, car nous ne pouvons pourtant pas tout nommer. Un des fruits bénis de la religion c'est de nous placer a un point de vue bien plus élevé que celui que nous occupons généralement. Etc'est laprécisément ce dont nous avons besoin pour aller courageusement a la rencontre des difficultés qui se trouvent soit en nous-mêmes soit dans ce qui nous environne. Moralement parlant nous avons en général la vue trop basse, nous ne voyons pas les choses d'assez haut. Or il n'est pas possible de les voir de plus haut que lorsqu'on se place au point de vue de Dieu. Je pense d'abord a nos propres imperfections qui vues de trop prés nous décourageraient entièrement. II y a telle vie morale paraly sée en quelque sorte par une conscience trop minutieuse, trop timorée. Le péché pèse sur la conscience, on se dit avec Caïn qu'il est trop grand pour pouvoir être pardonné. En un mot on ne voit que sa faute, que sa chute et 1'impression qu'on en retire c'est qu'il[s] rendent impossibles le relèvement, le progrès.

Du moment que le coeur de 1'homme entre en communication avec Dieu, /16/ le coeur, assuré du pardon divin ne se laisse plus accabler ni écraser par le sentiment de ses fautes. C'est ici surtout que se révèle toute la différence entre celui qui vit sans Dieu et 1'homme vraiment pieux. Judas est tombé et il désespère de luimême et de son avenir. Pierre est tombé, et après sa chute, si grave qu'elle füt, il osa dire a Jésus: Tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. Un courage indomptable est donc le partage de 1'enfant de Dieu! II sait que toutes choses, y compris ses égarements, doivent concourir a son bien. II sait que rien, pas même ses imperfections, ne peut le séparer de 1'amour de Dieu et dans la marche de sa vie quelqu'en aient pu être les détours et les péripéties, il voit le déroulement d'un plan divin, plan dicté par la sagesse et par 1'amour.

Vous parlerai-je encore du courage que le point

de vue élevé de la piété nous donne en face des diffïcultés qui naissent non pas de nous mêmes mais de ce qui nous environne? Disons-le, la plupart de nos chagrins sont la conséquence de notre petitesse d'esprit. Et c'est malheureusement trop vrai que les esprits bornés sont les plus susceptibles et par conséquent souffrent le plus. Les vanités personnelles, les amours-propres, les petites jalousies, source de tant d'amertume disparaissent pour celui qui est en communion vivante avec 1'Esprit infini. La paix de mon Dieu, 1'amour de Dieu sont d'amples dédommagements pour tout ce qui peut m'arriver de la part des hommes. L' aigle ne redoute pas les reptil[e]s.

Concluons, mes frères et que conclure sinon que le texte a dit vrai: Dieu est le grand Rémunérateur de tous ceux qui le cherchent. Et qui sont ceux qui le cherchent? Ceux qui prennent la vie au sérieux, ceux qui se disent avec Jésus que 1'homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de 1'Eternel. Qui sont ceux qui le cherchent? Ceux qui renon9ant a 1'orgueil désirent humblement le connaitre eux-mêmes et ne refusent pas de descendre dans leur propre conscience pour constater leurs vrais besoins spirituels. Ceux qui renongant a leur égoïsme chargent patiemment la croix de Jésus, ceux enfin qui non content[s] d'une vertu médiocre et facile ont faim et soif de la justice de Dieu!

Un jour le compte de notre vie sera fait. Au moment suprème, nous aurons a notre chevet soit 1'une soit 1'autre des deux puissances qui s'appellent le monde et Dieu. Dans sa dernière agonie le serviteur du monde dira a son tyran: Tu m'as cruellement trompé, dans sa dernière agonie le serviteur de Dieu dira a son Père: Tu es le Rémunérateur de ceux qui Te cherchent.

Dieu veuille que cette dernière parole soit un jour notre dernier mot.

R[otterda]m, le 4 déc.[18]64, matin

Noten


1 Ms: vivante

2 Ms: devenerons

3 Augustinus, Confessiones I, 1

4 Ms: nombreuses que.

5 Ms: nous

6 Ms: oü/15/oü

7 Ms: sur sur

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